Le mercredi 3 juin 2026, comme indiqué dans notre précédent article une réunion publique d’information s’est tenue à l’Espace Jean Monnet d’Étréchy afin de présenter les travaux de rénovation de la piste 4 de l’aéroport Paris-Orly et leurs conséquences temporaires sur plusieurs communes de l’Essonne.
La réunion était animée par les représentants d’ADP (Aéroport De Paris) et de la Direction des Services de la Navigation Aérienne (DSNA), notamment Jérôme Feron pour le volet travaux et Philippe Traceur pour le volet exploitation aérienne et gestion du trafic.
Au-delà de la présentation technique du chantier, les échanges ont largement porté sur les nuisances sonores susceptibles d’être ressenties par les habitants durant les 18 semaines de fermeture de la piste.
1. Pourquoi rénover la piste 4 ?
Les intervenants ont rappelé que la piste 4 constitue l’une des trois pistes de l’aéroport Paris-Orly.
Selon ADP, les travaux prévus en 2026 ne correspondent pas à un simple entretien mais à une rénovation structurelle profonde destinée à garantir la sécurité des opérations aériennes pour plusieurs décennies.
L’objectif principal est de restaurer la capacité de la piste à absorber durablement les charges imposées par les aéronefs modernes.
Jérôme Feron a insisté sur la différence entre :
- les travaux de surface réalisés périodiquement ;
- et les rénovations structurelles beaucoup plus lourdes qui interviennent environ tous les trente ans.
Cette opération est présentée comme la première reconstruction profonde de cette ampleur depuis la mise en service de la piste.

Décollage face à l'ouest
"Les avions au décollage utilisent la piste 2." Autrement dit : c'est la configuration normale retenue pendant les travaux ; les décollages se font sur la piste 2 ; la carte montre les trajectoires associées à cette utilisation.

Décollage face à l'ouest
"Lorsque les conditions météorologiques l'exigent, les décollages s'effectuent de la piste 3." Cette fois : on n'est plus dans la configuration standard ; on présente un scénario particulier ; les départs sont transférés vers la piste 3. On remarque d'ailleurs sur la carte une trajectoire bleue qui se recourbe davantage vers le nord-ouest avant de repartir, ce qui traduit une autre procédure de départ.

Un zoom nécessaire
Etréchy se trouve sur la partie gauche en bas. On constate qu'à partir de Marolles tout converge
2. Historique de la piste 4
La présentation projetée retrace plusieurs étapes importantes :
- Mars 1966 : construction de la piste 4 ;
- 1995 : première rénovation par rechargement bitumeux ;
- 2006 : réhabilitation permettant l’accueil des Boeing 777 ;
- 2016-2017 : rénovation de surface de la piste ;
- 2026 : rénovation structurelle complète.
ADP distingue ainsi clairement :
- les travaux de surface réalisés environ tous les dix ans ;
- les rénovations structurelles réalisées environ tous les trente ans.
3. Les chiffres clés du chantier
La rénovation annoncée représente un chantier industriel d’une ampleur exceptionnelle.
Les chiffres présentés lors de la réunion sont les suivants :
- 150 000 m² de rabotage d’enrobé ;
- 150 000 tonnes de chaussée neuve ;
- 233 000 m³ de terrassement ;
- 468 000 tonnes de matériaux à démolir ;
- 100 % des matériaux recyclés ;
- 2 200 feux de balisage déposés puis reposés ;
- jusqu’à 650 compagnons mobilisés quotidiennement au plus fort des travaux.
Les intervenants ont insisté sur la volonté de réutiliser les matériaux issus du chantier dans une logique d’économie circulaire et de limitation des impacts environnementaux.
4. Pourquoi les travaux concernent-ils Étréchy ?
Cette question a constitué l’une des principales préoccupations du public.
Les représentants de la navigation aérienne ont rappelé que les avions décollent et atterrissent toujours face au vent.
Le fonctionnement habituel d’Orly repose principalement sur les pistes 3 et 4.
Pendant la fermeture de la piste 4, l’intégralité du trafic devra être répartie sur les pistes 2 et 3.
La piste 2, habituellement utilisée de façon plus occasionnelle, sera donc fortement sollicitée pendant toute la durée du chantier.
Cette réorganisation modifie les axes d’approche et de départ et place certaines communes, dont Étréchy, sous des trajectoires utilisées beaucoup plus fréquemment qu’en temps normal.
5. Comprendre l’utilisation des pistes
Les schémas présentés permettent de distinguer deux configurations principales.
Vent d’ouest
En situation normale :
- piste 4 : décollages ;
- piste 3 : atterrissages.
Pendant les travaux :
- piste 2 : décollages ;
- piste 3 : atterrissages.
Vent d’est
En situation normale :
- piste 4 : atterrissages ;
- piste 3 : décollages.
Pendant les travaux :
- piste 2 : atterrissages ;
- piste 3 : décollages.
Les intervenants ont indiqué que la configuration de vent d’est représente environ 40 % du temps sur la période concernée.
6. Les impacts annoncés sur le trafic aérien
Les informations communiquées lors de la réunion indiquent :
- environ 80 mouvements quotidiens liés au report du trafic de la piste 4 ;
- des survols principalement en phase d’atterrissage pour le secteur concerné ;
- des altitudes généralement comprises entre 1 200 et 1 800 mètres ;
- des trajectoires très précises guidées par les systèmes de navigation.
Les contrôleurs disposeront d’outils de visualisation tridimensionnelle permettant de suivre les avions en temps réel et de détecter toute déviation significative.
Des tests préalables sont prévus avant le démarrage effectif du chantier afin de valider ces nouvelles configurations.
7. Le bruit : principal sujet de débat
Si le chantier lui-même n’a pas suscité de contestation majeure, les nuisances sonores ont occupé une place centrale dans les échanges.
Plusieurs habitants ont exprimé leur inquiétude concernant la précision du système ILS (Instrument Landing System).
Cette technologie guide les avions avec une grande précision vers leur trajectoire d’approche.
Son principal avantage est la sécurité.
Son principal inconvénient, souligné par plusieurs participants, est la répétitivité des trajectoires.
Les avions empruntent pratiquement les mêmes couloirs, ce qui concentre les nuisances sur les mêmes secteurs.
Les discussions ont également porté sur :
- les niveaux de bruit évoqués durant la réunion ;
- la difficulté d’interpréter les décibels ;
- la différence entre mesures théoriques et perception réelle ;
- l’absence de données consolidées permettant d’estimer précisément le ressenti futur des habitants.
Plusieurs participants ont insisté sur la nécessité de disposer de mesures de référence avant les travaux afin de comparer objectivement la situation.
8. Un sentiment de décalage entre technique et qualité de vie
L’un des enseignements marquants de cette réunion réside dans le contraste entre :
- la précision des réponses apportées sur les aspects techniques ;
- et les interrogations persistantes concernant le bruit et la qualité de vie.
Les intervenants ont fourni de nombreuses explications sur :
- les pistes ;
- les procédures aéronautiques ;
- les contraintes météorologiques ;
- les outils de contrôle.
En revanche, les questions portant sur les nuisances ressenties par les habitants ont souvent conduit à des réponses fondées sur des évaluations futures, des comparaisons à venir ou des données encore en cours de consolidation.
Ce décalage a constitué l’un des principaux sujets de préoccupation exprimés par le public.
9. Les engagements annoncés
Les représentants d’ADP et de la navigation aérienne ont pris plusieurs engagements :
- maintien du couvre-feu entre 23h30 et 6h00 ;
- caractère strictement temporaire des trajectoires liées aux travaux ;
- retour au fonctionnement habituel après réouverture de la piste 4 ;
- diffusion des informations relatives au chantier via le site Entrevoisins.
Aucune annonce particulière n’a été faite concernant un dispositif spécifique de mesures acoustiques supplémentaires dans les communes concernées.
Conclusion
Cette réunion a permis de comprendre les raisons techniques qui rendent nécessaire la rénovation de la piste 4 ainsi que les contraintes de sécurité associées à l’exploitation d’un aéroport de l’importance de Paris-Orly.
Le chantier présenté apparaît comme une opération exceptionnelle par son ampleur et ses moyens.
Toutefois, la principale attente des habitants demeure la même : connaître concrètement les conséquences que ces modifications temporaires auront sur leur cadre de vie quotidien.
C’est probablement sur ce sujet que se concentrera l’attention des riverains durant toute la durée des travaux.
| Niveau sonore | Exemple concret |
|---|---|
| 30 dB | Chambre calme la nuit |
| 40 dB | Bibliothèque |
| 50 dB | Bureau calme |
| 60 dB | Conversation normale à 1 mètre |
| 70 dB | Aspirateur |
| 80 dB | Circulation dense |
| 90 dB | Camion à proximité |
| 100 dB+ | Moto ou concert |
Mais attention à un point souvent mal compris :
Ce n’est pas seulement le niveau sonore qui compte
Imaginons :
- un avion à 62 dB qui passe 2 fois par jour ;
- un avion à 58 dB qui passe toutes les 3 minutes.
Beaucoup de Strépiniacois préféreront le premier cas.
Durant la réunion, nous avons eu l’impression que les habitants raisonnaient surtout en termes de :
- fréquence ;
- répétitivité ;
- interruption des activités ;
- gêne ressentie.
Alors que les intervenants parlaient davantage :
- décibels ;
- trajectoires ;
- statistiques.
“62 dB, est-ce beaucoup ?”
- Conversation normale : ~60 dB
- Avion à 1500 m : variable selon l’appareil, souvent entre 50 et 70 dB perçus au sol
- Circulation urbaine : ~70 dB
« La gêne dépend autant de la fréquence des passages que du niveau sonore lui-même. »
C’est probablement la conclusion la plus fidèle à l’esprit de cette réunion.
